Taxe sur les banques: le client risque de payer
Taxe sur les banques: le client risque de payer
Article paru sur le blog "Taxe sur les banques, le client risque de payer"
Article paru dans l'ECHO du 15/10/2009
Jean-Luc Dehaene est-il cynique quand il déclare " Taxe sur les banques: le client risque de payer"
Et pourtant...
Les taxes sont toujours payées par ceux qui ne peuvent les faire supporter par d'autres.
L'exemple le plus clair est la TVA.Tous les étudiants apprennent que la TVA est une taxe que supporte seul l'utilisateur final. A chaque transaction, le commerçant perçoit cette taxe et récupère la taxe qu'il a lui-même payée. Le consommateur final est le dernier de la chaîne, celui qui reçoit le "zwarte Piet".
Une hausse de la TVA serait donc payée uniquement par l'utilisateur final, et une baisse de cette même TVA profiterait de la même manière au consommateur final?
1. Chacun essayera de répercuter les coûts sur d'autres...Il suffit d'écouter les discussions du "Café du Commerce". Tout le monde est d'accord qu'il faut augmenter les impôts, à deux conditions: que cela nous profite et surtout que ce soit les autres qui payent plus.On arrive donc à des formules que l'on tronque, volontairement ou involontairement: "Il faut faire payer les (plus) riches (que) moi", ou "Il faut taxer les revenus des actions (que je n'ai pas), ou "il faut taxer certains types de biens, les grosses voitures, les piscines (et tous les autres biens que je ne possède pas).Lorsque que l'on a interdit aux propriétaires de faire payer le précompte immobilier au locataire, les loyers ont augmenté dès que cela a été possible. Idem pour les frais d'agence éventuels.Lorsque les coûts de fabrication augmentent, les prix des produits finals augmentent eux aussi.Parfois cette augmentation est plus élevée que celle des coûts et certains voient leur bénéfice augmenter, en valeur absolue ou même en pourcentage.
2. Sauf s'il est impossible de répercuter ces coûts parce que le prix est imposé
Bien sûr, si le prix est imposé, il ne sera pas possible de répercuter ces coûts supplémentaires.Mais si le producteur ne peut répercuter ces coûts supplémentaires, il devra d'abord diminuer ses bénéfices, ce qui risque de faire fuir certains entrepreneurs, soit il devra diminuer d'autres coûts avec la conséquence perverse d'une baisse de la qualité ou des services.Par exemple le propriétaire d'une maison investira moins dans l'entretien ou la rénovation de celle-ci, le producteur diminuera la qualité des composants de ses produits, le fournisseur de services diminuera son personnel ou supprimera certaines facilités.Et ce sera donc, toujours et encore, le consommateur final qui "payera"..
3. Sauf si la Loi de l'Offre et de la Demande rend cette augmentation impossible.
Le seul cas où il sera impossible de répercuter cette hausse de coûts sur l'utilisateur final est lorsque le marché (l'ensemble des consommateurs finals) la refusera. Et refusera aussi une hausse déguisée (le même prix pour un produit de moins bonne qualité ou moins de service)Soit parce que le consommateur peut diminuer tout simplement sa consommation, à court ou à long terme, soit parce que d'autres producteurs n'appliquent pas cette augmentation.Le problème est que les producteurs qui ne sont pas touchés par cette hausse de coûts peuvent se trouver à l'étranger. Et si les coûts supplémentaires causés par l'achat à l'étranger sont inférieurs à la différence de prix, le choix sera vite fait...Avec comme conséquences une baisse des recettes fiscales (directes et indirectes) et un risque certain pour l'emploi intérieur. Dans ce cas là, certains consommateurs finals "payeront".
Conclusion
Etant donné que nous sommes dans un marché (presque) libre, je crois que la plupart des cas, c'est bien le consommateur final qui paye? Surtout à cause du rapport de force.Soit parce que les détenteurs de capital ont parfois plus de pouvoir que les non capitalistes? Bien que chacun puisse devenir capitaliste. Soit en acquérant des actions soit devenant coopérateur.Les secteurs où le consommateur est suffisamment rationnel pour réagir à des hausses de prix, réelles ou déguisées me semblent très rares. Sauf dans les cas où un intermédiaire (courtier, distributeur) joue ce rôle. Par exemple dans le domaine des assurances ou dans le cas du lait.Ce qui apporte des nuances très importantes aux discours des syndicats ("Il faut faire payer les banques, les riches, taxer plus le capital") et aux discours de certains hommes politiques ("On ne touchera pas à l'emploi ni au pouvoir d'achat")
Dans le même ordre d'idée:
"Rappelons aussi qu'il n'existe pas d'impôts payés par les entreprises: tous les impôts finissent toujours par être payés par les ménages, euro pour euro."
THOMAS PIKETTY directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris
Page précédente : Dites « oui »,Messieurs les actionnaires
Page suivante : Liens vers des sites économiques
Imprimer cette page