Et si la mixité pouvait être atteinte en supprimant toute régulation?
(Article paru dans l'Echo du 4/2/08)
Et si la mixité pouvait être atteinte en supprimant toute régulation?
Décret Inscription, décret Mixité et bientôt un décret dont le nom sera encore plus imaginatif?
Les différents débats autour du dernier décret censé augmenter la mixité sociale dans les écoles fait et fera encore couler beaucoup d'encre. Si la mixité sociale semble être un objectif auquel il est bon d'adhérer, encore faut-il se poser les bonnes questions.
La régulation peut-elle forcer cette mixité?
Si c'était le cas, cela ferait longtemps que l'on n'en parlerait plus! Espérons que le ministre de l'enseignement aura le courage de mesurer les effets de son décret. Le risque est en effet grand, en Communauté Française, que ce décret ait eu les effets inverses. Des écoles à fortes proportion d'élèves «défavorisés» ont vu ce pourcentage augmenter fortement par le système de priorité puis de tirage au sort. Des écoles «mixtes» avec 40% d'élèves défavorisés passent ainsi à 70% d'élèves «défavorisés» et deviennent ainsi, grâce au décret des écoles ghettos. La dérégulation comme instrument d'une plus grande mixité.
Plutôt que de légiférer à outrance et de se rendre compte ensuite que les effets de bord n'ont pas été prévus, pourquoi ne pas revenir à un système, non seulement plus simple, mais surtout beaucoup plus efficace?
1. Analyser les raisons pour lesquelles certaines écoles attirent les élèves plus que d'autres.
Plutôt que de partir de l'a priori que ces écoles jouissent d'une rente de situation, il serait utile d'identifier les facteurs de succès et de les transposer dans les autres écoles. Notons que la Finlande, prise souvent comme exemple, n'impose aucune école. Chaque élève est inscrit d'office dans l'école la plus proche. Même si les parents peuvent en choisir une autre, ils ne le font pas parce que toutes les écoles sont de qualité.
2. Sanctionner les abus au lieu de pénaliser tout le monde.
Le décret Mixité a pénalisé toutes les écoles, celles qui étaient soupçonnées de sélectionner les élèves de manière discriminatoire au sens de la loi, mais aussi toutes les autres. Notons qu'avant le décret, 3% des écoles devaient refuser des élève et qu'avec le décret ce pourcentage a dépassé 19%. Cet effet de multiplier par trois les problèmes a été confirmé par les chiffres cités par les ministres de l'enseignement successifs eux-mêmes. Si vraiment des écoles sélectionnaient les élèves selon des critères non objectifs, pénalisons ces écoles. Cela signifiera beaucoup moins de travail pour toutes les écoles. Et un peu plus de travail pour les fonctionnaires vérificateurs.
3. Mieux définir les objectifs et évaluer les résultats.
Les évaluations externes sont une avancée significative. Si ces évaluations mesurent bien la réalisation des objectifs définis dans les différents décrets, cela permet en effet d'évaluer les résultats des enseignants. Même si les enseignants revendiquent n'avoir qu'une obligation de moyens, étant entendu que ces moyens sont, selon eux, limités par des éléments extérieurs, il nous semble qu'ils ont aussi une obligation de résultat. L'évaluation des résultats pourrait prendre en compte le type d'élèves auquel l'enseignant est confronté. Par exemple, on pourrait demander aux enseignants de garantir une amélioration en pourcentage absolu de leurs élèves. On mesurerait alors la progression positive des élèves. Un élève qui aurait obtenu 60% au CEB (évaluation externe et normalisée) et qui obtiendrait 65% à l'évaluation externe de fin de deuxième secondaire, «gratifierait» ses professeurs de 5 points. Tout comme l'élève qui avait obtenu 80% au CEB et 85% à l'évaluation de fon de deuxième. Cela implique évidemment que les moyens mis à disposition des écoles serait modulé selon les élèves que cette école accueille. L'avantage est que l'objectif est clairement mis sur l'amélioration des résultats de tous les élèves, ce qui nous semble devoir être l'objectif de notre enseignement. Un autre avantage est que les écoles ont alors intérêt à accueillir dans leurs écoles des élèves de tout niveau.
4. S'attaquer aux causes et non aux symptômes.
Quelle est la raison du peu de mixité sociale dans nos écoles? Quelle est la cause de la diversité des résultats de nos élèves? Notons d'abord le raisonnement qui nous semble spécieux: un élève de milieu socio «économique défavorisé a moins de chance d'obtenir de bons résultats, donc mélangeons les élèves et les résultats de tous s'amélioreront. Un peu comme si l'on décidait de faire déménager 50 % des habitants d'une commune» pauvre» vers une commune «riche» avec l'espoir que ces 50 % deviendraient plus «riches» par le simple fait du déménagement. Le problème est tout autre. Des élèves de milieu «défavorisé» réussissent bien mieux que des élèves de milieu «favorisé». Pourquoi? L'analyse de ces «exceptions à la règle» nous donnerait une idée des moyens à mettre en place pour faire réussir mieux tous les élèves. La seule difficulté est que cela prend plus de temps et plus d'imagination qu'un décret «vite fait mal fait». En conclusion rappelons que madame Arena a elle-même reconnu, alors qu'elle était ministre de l'enseignement, que les moyens étaient suffisants mais «qu'ils étaient mal utilisés». Insistons aussi sur l'importance primordiale de l'enseignement dans le monde actuel. Et surtout nous formons le souhait que le problème soit enfin analysé de manière scientifique et non dogmatique.
Xavier Guyaux
A titre personnel.
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