Décret mixitéDimanche, 18 janvier 2009Rétroliens
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Dans ton article sans vouloir te contrarier je crois que tu commets deux erreurs flagrantes.
La première est de mélanger un soucis d'efficacité qui est nécessaire pour que l'enseignement tire au mieux profit du potentiel des jeunes, les amène à l'age adulte et qu'ils deviennent des gens épanouis, et la nécessité de donner à chacun les mêmes chances dans la vie pour que chacun puisse espérer ce qu'il est en droit d'espérer d'elle et ne soit pas juste prédestiné, de par sa naissance au meilleur ou au pire. La seconde est de croire que mélanger les meilleurs aux moins bons sera forcément au détriment des meilleurs et constituera un nivellement par le bas. Je te repliquerais d'ailleurs assez facilement qu'aujourd'hui des jeunes au potentiel énorme sont gaspillés parce qu'ils sont dans des écoles pourries et que d'autres bénéficient d'un investissement important dans des écoles de bourges alors qu'ils sont de vrais crétins. Désolé pour la caricature. Donc, de fait, il y a deux défits à relever et pas un seul. Il faut donner à chacun les mêmes chances (la mixité) ET il faut mener chaque enfant là ou ses capacités lui permette d'aller (auquel cas il ne serait pas épanoui !). Pour résoudre le premier problème de la mixité, il est clair que nos ministres n'ont pas été rès audacieux et ont littéralement accouché d'une souris. A mon humble avis, une bonne solution serait le tirage au sort PUR ET SIMPLE (en tenant évidemment un peu compte de la situation familiale -regroupement des freres et soeurs- et géographique -je ne tiens pas à conduire mes fils à l'école chaque matin à l'autre bout du pays-). Grace au tirage au sort, la population scolaire serait parfaitement homogène, voila qui répond au premier problème, enfin partiellement. Reste que des élèves "riches" se retrouveront ans des écoles de "pauvres", et inversément. C'est vrai ... mais pas pour longtemps. Rapidement la vigilance des parents exigeants poussera la direction a améliorer les choses, l'absence de vigilance par ailleurs permettra la convergence. Resultat : un enseignement homogène, cette fois on y est. C'est la que tu crieras scandalisé que l'on a fait du ... nivellement par le bas et tu auras en partie raison SAUF que je me permettrai de te faire remarquer que malgré tout dans 50% des cas on aura AUSSI fait du nivellement par le haut mais bon je te concède qu'il reste néammoins un problème. Il faut donc résoudre ce second problème. Sans me vanter je dois dire que j'ai des enfants plutot intelligents et que, n'ayant pas la chance d'habiter à proximité du collège saint Michel, mes fils vont dans une école ... ordinaire. Ni géniale, ni la cata, je dirais en fait une école DEJA mixte. Et bien les résultats sont très satisfaisants. Les profs savent tirer parti des plus forts pour soutenir les plus faibles et sans blague, ca rend les plus forts ; plus forts et de surcroit ca les rend plus ouverts et après tout si je devais choisir pour mes enfants entre l'intelligence et l'ouverture, je choisirais l'ouverture. Bien sur je t'entends deja me dire toutes tes craintes pour les enfants qui échoueraient dans une école poubelle. C'est vrai. Meme si comme je le dis plus haut l'exigeance des parents obligera forcement l'ecole à remonter le niveau, on ne sait jamais. Ce défi là c'est celui de la qualité de nos enseignants. Aujourd'hui, être enseignant, en particulier dans ces écoles "pénibles", c'est le choix d'un horaire agréable, d'une situation peinarde et d'une bonne pension. Nos enseignants ne sont pas motivés ... et qui le serait d'ailleurs à la perspective d'une carrière de 45 ans à faire tout le temps la meme chose sans espoir de changement, c'est la dépression assurée et d'ailleurs nos profs sont majoritairement en analyse plus ou moins permanente chez les psy. C'est donc un autre défi, c'est certain mais accorde moi au moins cela, il n'a franchement strictement rien à voir avec la mixité sociale dans les écoles !
Merci pour ta réponse.
J'ajouterais alors deux choses: la mixité sociale, je suis pour. Mais là où je ne suis pas pour, c'est le tirage au sort. Parce que les écoles ont des styles différents. Parce que les enfants ont des styles différents. J'enseigne dans deux écoles. L'une n'est pas "meilleure" que l'autre. mais j'enseigne différemment dans chacune des écoles. Le plus marrant c'est qu'une élève d'une école est venue dans l'autre école et m'a fait la remarque: elle ne me reconnaissait pas. J'ai été dans une école "huppée", Saint Michel pour ne pas la nommer. Et je t'assure que déjà de mon temps, il y avait mixité sociale. Mais c'est vrai que pour y rester il fallait être vif d'esprit, et accepter de travailler beaucoup. Quant au fait que mélanger des "moins bons" et des "meilleurs" bénéficie à tout le monde, cela ne correspond absolument pas à mon vécu. Bien au contraire.
La remarque sur le style est le premier pas que l'on fait vers l'immobilisme. Pour l'un ca sera le style, pour l'autre ca sera autre chose, l'école doit adopter un seul "style", celui de l'enseignement de qualité, uniforme et efficace, le style, beurk, l'école ne doit pas apprendre aux jeunes a faire du stylisme mais a devenir des hommes épanouis.
Pour le mélange des moins bons aux meilleurs, je n'ai pas dit que cela était bénéfique, j'ai dit que cela pouvait l'être, la condition étant que les enseignants soient professionnels. Ils le sont rarement. Cela passe peut etre par d'autres méthodes, personne n'a dit que les méthodes employées en communauté francaise étaient bonnes, on prétend d'ailleurs plutot le contraire et les résultats tendraient plutot à le confirmer. Je continue a penser qu'un prof qui a devant lui 45 ans d'une carrière monotone et sans relief pendant laquelle il va s'emmerder dès la 5eme année, qui a son emploi guaranti même s'il est d'une nocivité crasse, ne peut pas être efficace. Impossible. Ce qui est le plus drole pourtant c'est que ce sont les profs qui s'emmerdent le plus qui sont le plus réfractaires aux changements. La Communauté Francaise tombe bien souvent dans le piège et accepte des négociations qui n'en sont pas ou des profs prétendent vouloir un enseignement de qualité mais qui ne défendent en fait que des droits acquis et freinent devant un changement qui leur fait peur. Dans une entreprise, le patron décide et les employés font ce qu'on leur dit de faire, dans l'enseignement ce sont les employés qui décident sous prétextes qu'ils sont les spécialistes et qu'ils savent. Une entreprise qui se met à fonctionner sur ce mode tombe en faillite, il ne faut dès lors finamelent pas s'étonner que notre enseignement soit tellement lamentable.
Nier que les enfants sont différents et ont besoin d'un enseignement différent m'est incompréhensible.
De nouveau un procès d'intention contre les profs. Alors qu'ils ont plein d'obligations, lis les programmes et tu comprendras. L'enseignement, un grand débat en effet. Il est écrit que les enseignants doivent aider les élèves à devenir des "citoyens responsables", mais les programmes ne contiennent pas grand chose qui œuvre dans ce sens là.
Je ne vois pas bien qui a nié que les enfants étaient différents, je ne vois pas très bien ou tu as lu cela. Ceci dit puisque tu en parles, la différence doit être gérée par les profs pas par les ecoles et comme je l'ai écrit plus haut je prefère que l'ecole fasse de mes enfants des adultes ouverts que des boite à science.
Pour ce qui est des programmes, on ne va pas mettre dans le programme de math qu'il faut que le jeune devienne un adulte responsable mais profs c'est un boulot évidemment, faut pas être touriste pour le faire et ca comporte certaines difficultés. Y a pas non plus dans le programme écrit comment le prof doit faire entrer la matière du programme et avec quelle pédagogie mais c'est pourtant ce qu'il fait.
"Nier que les enfants sont différents"
J'ai dû mal comprendre. Je voulais dire que comme les enfants sont différents, les écoles doivent l'être aussi. Concernant les programmes, il faut faire une différence entre les programmes du libre et de l'officiel. Dans les programmes de l'officiel, la quantité de matière imposée rend les autres objectifs difficilement atteignables. Faire apprendre une équation du second degré prend quelques minutes ou quelques heures. Faire découvrir à quoi cela sert, comment on arrive à la formule, prend 3 à 4 fois plus de temps. Si l'objectif est de faire en sorte que les élèves comprennent comment les choses fonctionnent, il faut accepter que certains élèves le comprennent vite et d'autres moins vite. Donc les programmes doivent tenir compte de cette réalité.
Si elle n’est pas mieux définie que ce qu'elle ne l'est actuellement, la mixité ne peut pas constituer un vrai projet politique, n'en déplaise à ses zélateurs. Une perte de foi dans la capacité du système éducatif à changer les choses semble exister aujourd'hui, y compris semble-t-il de la part du corps enseignant. C’est pourquoi de nombreuses familles s’intéressent entre autres aux caractéristiques du public et accordent parfois moins d’importance, à l’heure du choix, à la qualité intrinsèque de l’enseignement, comme si un établissement n’était que son public.
Dans ces conditions, la mixité équivaut à un projet assez superficiel, consistant à dire qu’il suffit de “ les mettre ensemble” pour que tous en profitent et que PISA se redresse. Or cela ne suffit évidemment pas et de nombreuses études internationales montrent quels sont les éléments qui sont pertinents pour des apprentissages optimaux pour nos jeunes. En outre, la sociologie urbaine démontre de manière générale qu’il ne suffit pas de mettre les gens ensemble pour que se développent des rapports réels et constructifs entre eux. Pour créer ces échanges, il faut donc faire quelque chose avec eux et poser les jalons d'une probable réussite: organiser des activités, éviter de créer des tensions entre bons et mauvais élèves, etc. Il convient également de souligner que la mixité est certes un idéal politique de sociabilité présent parmi les classes moyennes, à dominante intellectuelle. Et pourtant les échanges des adeptes du principe de mixité prônée à tout vent avec d’autres populations restent très peu nombreux dans les faits…! L’écart est décidément énorme entre idéal et pratiques et il est souvent nécessaire de d'abord balayer devant sa porte pour commencer à voir la propreté surgir. On se doit donc de nourrir un discours très critique sur la mixité, notion idéalisée de manière souvent trop dogmatique et vide de réels projets humains. Aujourd’hui, la pensée sur ce thème s’essouffle et la notion court le risque de devenir simpliste et superficielle, à cause notamment des successifs décrets inscription et mixité, qui ont posé le problème sous un mauvais angle. La substance de ces décrets fut en effet réduite à un raz de marée idéologique - où la démocratie fut souvent réduite à un quasi string - qui a submergé les élèves Bruxellois et Brabançons en leur attribuant, malgré eux et l'aval de leurs parents, un rôle de cobayes. Résultat, les inscriptions ne sont pas encore clôturées et alors que la période de CEB approche, tout le monde semble attendre Godot... Le décret encadrement différencié apparaît avoir de meilleures chances d'effets sur le terrain pour soutenir les élèves défavorisés mais attendons les faits... Il est urgent de prendre des décisions responsables par écrit et de les voter rapidement pour asseoir les inscriptions 2009 à Bruxelles et dans le Brabant Wallon, les enfants ne pardonneraient sans doute pas à ceux qui ne leur permettrent pas d'entrer dans la période du CEB sereins et rassurés quant à la suite de leur parcours... |
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