Vendredi 26 septembre 2008; une élève présente le sujet d'actualité qu'elle a choisi: la chute vertigineuse du cours de l'action Fortis. (avant la chute de 20 % vendredi).
Son avis personnel: "si j'avais des actions Fortis, je les vendrais".
Ma question: "Si tu avais beaucoup d'argent chez Fortis, irais-tu le retirer?"
Sa réponse "Je ne crois pas, parce que ce sont deux choses différentes"
Cette élève avait raison.
Elle a compris une chose que l'homme de la rue et certains journalistes n'ont pas comprise: le cours de bourse et la faillite de l'entreprise sont deux choses différentes, même si une relation de cause à effet peut exister.
Le cours de bourse dépend de l'offre et de la demande.
Cette offre et cette demande dépend de plusieurs facteurs:
1. On achète parce que l'on veut prendre le contrôle de l'entreprise.
2. On achète (ou on vend) parce que l'on anticipe un résultat de l'entreprise
3. On achète (ou on vend) parce que l'on s'attend à une hausse (ou à une baisse) du cours de l'action.
La faillite d'une entreprise est la conséquence de deux facteurs concomitants:
1. Une cessation de paiement: l'entreprise n'a pas assez d'argent pour payer ses dettes.
2. Un ébranlement du crédit: plus personne ne veut lui faire crédit, que ce soit les créanciers actuels (voir 1.) ou d'autres prêteurs éventuels.
Revenons à Fortis. Actuellement la banque est solvable.
Elle pourrait tomber en faillite si ses clients venaient chercher son argent. Le rôle d'une banque étant de recevoir des dépôts à court terme pour les prêter à long terme, elle risque de ne pas pouvoir respecter ses engagement comme toutes les banques. Si en plus, elle ne peut emprunter parce que la confiance n'existe plus, elle sera dans les conditions de la faillite.
Quelle est donc la relation entre le cours de bourse et la faillite éventuelle?
1. Le cours de bourse traduit une méfiance dans les résultats futurs.
Cela augmente donc la méfiance des prêteurs éventuels, que ces prêteurs soient une autre banque, des fonds (de pension, souverains ou autres). Que ce "prêt" soit sous forme d'obligation ou d'augmentation de capital.
2. Le cours de bourse rend une augmentation de capital plus chère
Si Fortis voulait augmenter son capital aujourd'hui, elle devrait offrir des actions à moins de 5 euros. Ce qui veut dire que pour un même montant du capital, elle devrait offrir 3 fois plus d'actions qu'il y a quelques mois. De plus, il n'est pas sûr que des investisseurs acceptent de risquer leur argent, vu la méfiance.
Mais surtout, la contagion risque d'être grande.
Comme cela s'est passé pour Indymac ou Lehman Brothers aux Etats-Unis, les clients non avertis risquent de se dire que si le cours de bourse descend si fort, c'est que la banque va tomber en faillite. Ils risquent donc d'aller retirer leur argent...et de créer cette faillite. Alors que rappelons qu'en Belgique, les dépôts dans une banque sont couverts à hauteur de 20.000 Euros.
Notre conclusion est simple:
1. Rationnellement, la panique autour de Fortis est infondée.
2. Les seuls gagnants de cette panique risquent d'être ceux qui reprendraient la banque aujourd'hui. Une 15zaine de milliards, c'est un prix ridiculement bas pour une banque dont la valeur intrinsèque (valeur comptable) est plus de trois fois supérieure.
3. Les vrais perdants seraient plusieurs fois les épargnants :
3.1. Les actionnaires de Fortis qui auront perdus 60 % de leur mise.
3.2. Les clients de Fortis et des autres banques parce que la concurrence risque de devenir moins forte.
Dans 8 heures, nous saurons ce qui se passera. Notre espoir est que la solution préserve les intérêts de tous.