La décision de la BCE de remonter le
taux directeur est anti-économique, antisociale et anti-écologique.
Une justification de
l’augmentation du taux directeur est de freiner une « surchauffe de
l’économie ». Celle-ci se traduit par une (augmentation de la) demande que
l’offre ne peut satisfaire. L’augmentation des prix est une conséquence de
cette « surchauffe ». Pour « calmer » cette demande
excessive (à court terme), une augmentation du taux d’intérêt est considérée
comme un moyen efficace : il devient plus onéreux de s’endetter pour
consommer et plus intéressant de reporter un achat à plus tard. Les deux
phénomènes contribuent à diminuer (l’augmentation de) la demande et donc d’éviter de nouvelles augmentations de
prix. Le grand danger est que cette augmentation du taux d’intérêt décourage
l’investissement et surtout que le ralentissement de la demande ait des effets
néfastes. En effet moins de demande implique moins de production et donc moins
d’emplois.
Nous sommes
aujourd’hui dans ce qui ressemble à de la stagflation. La croissance est
faible, la demande est peu dynamique (comme semblent le confirmer les premiers
chiffres des soldes) et les prix augmentent. Ils augmentent peut-être pour une
autre raison qu’une demande excessive ? Il faudrait ne plus avoir ouvert
un journal ou allumé une TV depuis des semaines pour ignorer que la hausse des
prix est due en grande partie à la hausse du pétrole…
Quelle peut être la
conséquence de cette hausse des taux sur les prix du pétrole ? Une
accélération de la hausse des prix et donc une augmentation de l’inflation.
L’effet parfaitement inverse de ce qui est recherché. En effet, la hausse du
taux d’intérêt va renforcer l’euro et donc déforcer le dollar. Comme le prix du
baril de pétrole est exprimé en dollars, il ne faut pas être devin pour pouvoir
prédire de nouveaux records ! De plus, comme nous l’expliquons plus loin,
la baisse de la demande de pétrole sera ralentie par ce renforcement de l’euro.
Or il semble que le prix du pétrole soit très sensible à des variations de la
demande. Pour revenir à un prix « normal » (100 USD, soit 60 € ?),
il suffirait peut-être que la demande baisse de quelques pourcents.
De plus le
renforcement de l’euro rendra encore plus attractifs les achats à l’étranger et
de manière symétrique rendra nos exportations encore plus difficiles. Dans les
deux cas, notre croissance en souffrira, et donc l’emploi car nos salaires
étant payés en euros, les entreprises qui seront les plus pénalisées sont
celles à forte valeur ajoutée, donc celle à fort taux d’emploi.
Nos gourous de la BCE
nous promettent des jours peu enviables !
Cette hausse est aussi antisociale.
D’abord parce que ceux
qui souffriront le plus d’une croissance moins élevée sont les personnes peu
formées, qu’il sera indispensable de remplacer par des machines, si l’on veut
concurrencer les pays à monnaie moins forte (dont rappelons-le les USA) ou à
salaires moins élevés que chez nous.
Ensuite parce que le
crédit devenant plus cher, ce sont les personnes qui sont « empruntrices »
qui la payeront. Soit en devant faire plus de sacrifices pour payer leurs
mensualités, soit en renonçant à des achats, comme celle de leur maison vu le
coût du crédit.
Les loyers
augmenteront aussi. Car les propriétaires voudront eux aussi compenser le coût
plus cher du crédit.
Nos gourous de la BCE
se soucient peu des personnes moins favorisées.
Enfin, la mesure est anti-écologique.
Cela fait des années (depuis la crise de
70 ?) qu’il est devenu clair que le pétrole est une ressource qui s’épuise
et qui pollue. En diminuer la consommation est indispensable. Nous ne subissons
pas l’augmentation comme les Etatsuniens le font. Car l’euro s’apprécie par
rapport au dollar, ce qu’il fera encore avec cette nouvelle hausse des taux.
Nos gourous de la BCE
ne nous encouragent pas à modifier nos comportements de consommation !
Nombreux étaient ceux
qui s’interrogeaient sur la raison pour laquelle la BCE ne baissait pas ses
taux alors que la croissance n’était pas au rendez-vous. C’est pire : en deux ans, la BCE a plus
que doublé son taux directeur.
Il serait peut-être
temps que la BCE se rende compte que l’augmentation des prix n’est pas due à
une surchauffe de l’économie européenne. Il est temps que notre gouvernement
intensifie les mesures pour diminuer la consommation de pétrole. Ce n’est
malheureusement pas en octroyant des chèques mazout qu’ils y arriveront. Une
vraie politique de mobilité ? Par exemple les transports en commun en
dehors des villes ont été diminués. A l’époque, le carburant était meilleur
marché. Et le surcoût de la voiture individuelle était trop faible par rapport
à la diminution de confort des transports en commun. Peut-être la donne
a-t-elle changé ? Ou bien la déductibilité fiscale des frais de transport
rend-elle trop peu attractif le fait d’habiter plus près de son lieu de
travail, quitte à payer un supplément de loyer qui, lui, n’est pas déductible
fiscalement.
Il est en tout cas
grand temps que le gouvernement fasse ce pour quoi il est élu : prévoir et
prendre des décisions à long terme.
Comment comprendre que
nos gourous de la BCE prennent des mesures anti-économiques, antisociales et
anti-écologiques ?
Espérons qu’ils
réfléchissent rapidement et oublient leurs dogmes.
Voir aussi à ce sujet http://www.stoptrichet.com/