En effet, avant de détailler sur mon site, je voudrais en préambule expliquer les différents concepts de productivité.
La productivité est toujours un ratio entre ce qui est produit et ce qui a été nécessaire pour cette production.
Pour ce qui est produit, rappelons que la manière de le calculer doit être la valeur ajoutée et pas le chiffre d'affaires. Négligeons le fait que cette valeur ajoutée dépend d'éléments autres, comme le prix de vente ou le prix de transfert dans le cas de groupe. Bien sûr pour comparer des secteurs similaires, ce qui est produit peut aussi être un volume, mais il faut alors tenir compte des autres éléments (autres consommations).
Ce qui nous préoccupe beaucoup plus, c'est ce qui a été nécessaire pour cette production:
1. Le nombre d'heures de travail.
Signalons d'emblée que cette productivité horaire, qui est d'ailleurs celle qui sert de comparaison dans l'article de l'Echo est une donnée importante.
Cela montre en moyenne, la valeur ajoutée que produit, en moyenne, un travailleur.
Cela permet de comparer, la qualité, dans un même secteur ou dans des secteurs très similaires, des travailleurs à condition que les autres facteurs de production soient similaires.
En effet:
1.1. Comparer la productivité horaire dans différents secteurs n'est pas pertinent puisque certains secteurs ont par définition de plus hautes productivité. Par exemple, la productivité dans le secteur des services sera plus élevée que dans le secteur primaire. Pour simplifier, la valeur ajoutée par un consultant sera plus élevée que celle d'un agriculteur
1.2. Comparer la productivité dans deux pays différents peut être moins pertinent: les législations du travail, les formalités administratives, les normes environnementales, l'infrastructure du pays peut jouer un rôle.
1.3. Enfin cette productivité peut être influencée par les outils que les travailleurs ont à leur disposition
2. Le nombre de travailleurs
Calculer ce que produit un travailleur a aussi du sens. La différence avec la productivité horaire est alors due au nombre d'heures de travail qu'un travailleur fournit en moyenne.
C'est ce qui explique que la Belgique qui a une productivité horaire égale à 102.2 % de celle des USA, n'a plus une productivité par travailleur égale à 91 % de celle des USA.
Ce qui la fait passer de la 3ème à la 5ème place.
3. Le coût du travailleur
Cet indicateur est extrêmement important. En effet, un entrepreneur n'engagera une personne supplémentaire que si la valeur ajoutée de cette personne est (significativement) supérieure à son coût.
Les chiffres les plus récents que j'ai trouvés datent de 2007 et viennent du site KILMnet
Concernant le coût horaire d'un employé d'une industrie:
38.75 en Belgique, 39.47 aux Pays Bas et 30.56 aux USA
Pour un ouvrier:
35.45 en Belgique, 34.07 aux Pays Bas et 24.59 aux USA
Si l'on combine ces chiffres, en acceptant l'erreur méthodologique de prendre la moyenne des coûts ouvriers et employés de l'industrie, et de mélanger des chiffres de 2009 et de 2007, on arrive à une productivité par rapport au coût de la Belgique égale à seulement 71% de celle des USA
Conclusions:
1.Si la productivité horaire de la Belgique est "si bonne", c'est peut-être parce que les entrepreneurs n'engagent plus des personnes dont la valeur ajoutée produite n'est pas suffisante, en comparaison au coût minimum (salaire minimum plus les impôts et autres taxes, plus le coût du licenciement éventuel)
2. Une productivité horaire inférieure peut être la preuve que le travail des moins qualifiés est encouragé
3. Une bonne nouvelle peut être moins bonne quand on l'analyse...
Voir aussi: