L'Etat dans Fortis, une bonne idée?
Update: Un très bel article qui exprime beaucoup mieux et en plus détaillé ce que j'écris ci-dessous sur le site de l'Institut Hayek.
Le 29 septembre 2008, l'Etat prend 49% dans Fortis.
Les Etats en fait, l'Etat belge, l'Etat luxembourgeois et l'Etat néerlandais.
Tous les commentaires sont unanimes: il fallait le faire. Certains sont très critiques, regrettant que l'Etat dusse intervenir pour "socialiser les pertes" ou que l'Etat devienne plus interventionniste, d'autres considèrent que c'est une bonne chose.
Il est donc périlleux de se poser la question: "Fallait-il vraiment que l'Etat intervienne?"
Pourtant nous nous méfions du 'common sense', que l'on traduit en français comme "bon sens" comme si ce que pensait la majorité était le bon sens.
Pour répondre à cette question, plusieurs angles de vue sont possibles. Soit selon sa propre vision du rôle de l'Etat, soit en imaginant ce qui aurait pu arriver si l'Etat n'avait pas pris cette participation.
1. Selon sa vision du rôle de l'Etat.
L'Etat doit-il intervenir? Oui. Même les (néo)classiques reconnaissent que l'Etat doit intervenir. Là n'est pas la question, quoiqu'en disent certains. Le vrai débat est de se demander si ce que notre gouvernement a eu comme réaction était le bonne réaction et au bon moment.
(Certains considèrent d'ailleurs que la crise actuelle est due justement à l'intervention de l'Etat, c'est dire!)
2. Que serait-il arrivé si l'Etat n'était pas intervenu?
Nous essayerons d'y répondre. Sachant "qu'avec des si on met Paris en bouteille", car le caractère scientifique des "sciences économiques" peut être discuté.
2.1. Le cours de bourse aurait continué à chuter.
Et alors? C'est bien le "jeu" dans une économie capitaliste. Jeu étant compris comme un ensemble de règles qui régissent les actions des individus. Quand on investit son argent dans une société, on accepte de prendre des risques, en contrepartie de gains supplémentaires (ou d'un espoir de gains supplémentaires). Et c'est un actionnaire de Fortis qui l'écrit.
Comparaison n'est pas raison, mais c'est ce qui arrive aux actionnaires de Val Saint Lambert International et le billet de Charles Bricman donne un éclairage intéressant. Avec lequel je ne suis pas d'accord, mais j'aurai l'occasion d'y revenir.
2.2. Fortis n'aurait pas pu faire face à ses engagements et
2.2.1. Aurait dû vendre une partie de ses actifs.
Est-ce un réel problème? C'est inhérent au métier de banquier de vendre des actifs si ses dépôts diminuent ou si elle doit faire face à des échéances. Si les actifs ont une valeur (et c'est le cas), il y aura des repreneurs pour ces actifs et Fortis pourra continuer ses activités.
Avec une perte pour la banque et donc pour les actionnaires? On revient alors au 2.1.
En prenant 49% du capital, l'Etat fausse la concurrence. d'autres banques ont elle aussi des actifs qui ont perdu de la valeur et ne profiteront pas, elles, de la "garantie implicite" de l'Etat, ni d'une augmentation de capital. Rappelons que Lehman brtothers a été "lâchée" aux USA alors que d'autres organismes ont été aidés.
2.2.2. Aurait pu être reprise par une autre banque ou un autre investisseur.
C'est tout aussi normal. Et même souhaitable. Les entreprises qui ne sont pas performantes disparaissent au profit d'autres sociétés qui, elles sont plus performantes et cela dans la satisfaction générale.
L'Etat empêche donc l'économie de fonctionner et de rendre le marché plus efficient.
Mais la crainte n'était-elle pas de voir une banque étrangère s'installer en Belgique?
2.3. Cela aurait eu (ou pas) un impact négatif sur l'emploi.
De deux choses l'une: soit les employés de Fortis avaient (ont) une valeur ajoutée et la banque repreneuse aurait dû les reprendre pour assurer le service, soit ce n'était pas le cas pour une partie des employés et il est souhaitable aussi que ces employés ne soient plus payés par les clients.
Donc, tout bénéfice pour les clients.
L'Etat pénalise donc les clients des banques en empêchant celles-ci de devenir plus performantes.
2.4. Tout le système financier belge aurait souffert.
C'est évidemment un risque que l'on ne pouvait pas prendre. Mais réfléchissons un moment: sauf à penser que les millions de clients retirent leur argent et gardent ces montants en billets sous leur matelas, ces fonds qui auraient quitté Fortis se seraient retrouvés dans une autre banque. Donc pour l'ensemble des banques, rien n'aurait changé.
D'ailleurs, si le mouvement de panique avait dû avoir lieu, il se serait passé pendant le week end de la saga Fortis. Les distributeurs de billets fonctionnaient, Phone et PC Banking aussi. Le Belge n'est pas débile au point de croire que c'est uniquement en se présentant à son agence qu'il peut récupérer ses sous.
Que fallait-il faire alors?
Bien sûr qui sommes-nous pour prétendre savoir ce qu'il faut faire alors que les grands de ce monde y ont réfléchi des heures?
Nous osons pourtant :-)
Le problème était d'abord un problème de liquidité pour Fortis et ensuite un problème de confiance.
Le problème de confiance venait certainement de la mauvaise (et c'est peu dire) communication de Fortis. Ensuite peut-être aussi (c'est notre avis) de la manière dont la presse a traité l'information (ou le manque d'information). Voir à ce sujet l'édito de l'Echo ou l'émission spéciale de Intermedia
Peut-être suffisait-il "simplement" de rétablir la confiance des épargnants et de clients. Par exemple en garantissant, comme l'Irlande, les dépôts pour une période de deux ans.
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