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Une grande occasion manquée

Une grande occasion manquée

 

 

"Une grande occasion manquée", en effet monsieur Van Rompuy. Vous déclarez aussi à l'Echo que "tout avait été fait pour aboutir à un autre vote".

Ce n'est pas mon impression. Même si les experts ont fait un effort pour présenter leur rapport de manière claire, les arguments présentés n'étaient pas ce qu'attendaient les actionnaires.

L'embarras sans avoir le choix.

Les actionnaires avaient l'embarras mais pas vraiment l'impression d'avoir le choix.

D'une part les partisans du «non» décrivaient en long et en large les avantages importants que les actionnaires retireraient de cette prise de position. D'autre part, les experts et le CA agitaient le spectre de difficultés importantes dans le cas d'un «non». Une décision stratégique telle que celle que devaient prendre les actionnaires en ce jour «historique» a des conséquences bien plus importantes que la valeur intrinsèque de l'action ou que la trésorerie de la société.

Les partisans du non l'ont bien compris

Cela a très bien été compris par les différents orateurs partisans du «non». Chacun a présenté les avantages, supposés ou réels, d'une banque belge qui resterait 100% belge. La liste en est longue et ce n'est pas l'objet ici et maintenant de les lister puisque les dés en sont jetés. Ces orateurs ont tout aussi bien présenté les désavantages d'un «oui».

N'est-ce pas d'ailleurs la première qualité de tout entrepreneur?

Et quoi qu'en disent certains, ces avantages et désavantages ne consistaient pas seulement en monnaie sonnantes et trébuchantes, demain ou après demain, mais bien en des perspectives d'avenir. Ils ont compris que l'homme préfère un rêve incertain à une certitude peu agréable. N'est-ce pas d'ailleurs la première qualité de tout entrepreneur? L'impression de devoir céder à un chantage

Les seuls arguments que j'ai entendus en faveur du «oui» étaient soit une augmentation de la valeur intrinsèque de l'action ou une amélioration de la trésorerie, soit des arguments «négatifs», à savoir les risques énormes que le «non» ferait courir à tous les «stakeholders» (actionnaires, employés et clients).

Aucune perspective mobilisatrice. Même une impression d'être devant un chantage. Une grande occasion a bien été manquée en effet. Pourquoi ne pas avoir détaillé les perspectives d'avenir dans le cas d'un adossement avec BNP? J'attendais avec impatience d'entendre les avantages de cette solution, présentés avec enthousiasme. Avec pédagogie. Avec des outils modernes de communication.

Un exemple parmi tant d'autres, à la question de savoir si BNP respecterait l'accord de distribution des assurances (qui auraient appartenu à 90% à Fortis Holding) par Fortis Banque (qui aurait appartenu à 75% à BNP), la réponse a été peu convaincante.

Quelques centaines de millions de commissions que cette distribution rapporterait à Fortis Banque, ainsi que la garantie que ces assurances peuvent constituer pour les prêts de la Banque. Ces éléments auraient dû être mis en perspective, il aurait fallu insister sur l'avantage énorme pour Fortis Banque de pouvoir offrir ces assurances en complément de ses prêts, expliquer la fidélisation plus grande des assurances que des carnets de dépôts...

Une autre occasion a aussi été manquée en effet.

Une assemblée avec deux camps bien identifiés Cette assemblée a été une assemblée conflictuelle.

Alors que l'objectif annoncé de cette assemblée était de permettre aux actionnaires de poser des questions, nous n'avons entendu principalement que des plaidoyers dans un sens ou dans l'autre.

L'actionnaire qui était venu pour comprendre est reparti aussi ignorant qu'en arrivant.

Je ne sais pas si cela aurait modifié le vote en faveur du «oui».

Mais cela aurait donné en tout cas une chance. Cette occasion a vraiment été manquée.

C'est vrai, monsieur Van Rompuy, une autre occasion a été manquée. Je serais tenté de dire «une de plus».

Ne manquez pas l'occasion qui vous est donnée aujourd'hui.

Vous avez l'occasion de démontrer que vous êtes capable d'accepter un avis différent de vos concitoyens, que vous pouvez accepter cet avis et que vous arriverez à proposer une solution qui satisfasse tout le monde, et surtout qui respecte l'intérêt du plus grand nombre.

Xavier Guyaux

Administrateur de société

xavier@economiques.be